L’Iran entre solidarité et slogans : avec le peuple ou avec le régime..L’Iran entre solidarité et slogans : avec le peuple ou avec le régime ?

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Par: Ahmed LAAYOUNI

 

 

 

Chaque fois que les tensions entre les États-Unis et l’Iran s’intensifient, le même scénario refait surface : manifestations de soutien, slogans enflammés et publications numériques dénonçant « l’impérialisme américain » tout en proclamant leur solidarité avec l’Iran. Pourtant, une question essentielle s’impose, au-delà des apparences : avec qui doit-on réellement être solidaire ? Avec le peuple iranien ou avec le régime contre lequel ce même peuple s’est soulevé à maintes reprises ?
Car l’histoire récente de l’Iran ne se résume pas à son affrontement avec l’Occident. Elle est aussi marquée par une longue succession de contestations internes menées par des jeunes, des femmes et des catégories sociales épuisées par la répression politique et l’asphyxie économique. Au fil des décennies, des milliers d’Iraniens sont descendus dans la rue pour réclamer ce que tout être humain considère comme des droits fondamentaux : la liberté d’expression, la dignité citoyenne et le droit à la différence sans craindre la prison ou l’exécution.
Malgré cela, certaines formes de mobilisation semblent ignorer cette réalité évidente et réduisent la situation à une équation simpliste : si Washington s’oppose à Téhéran, alors il faudrait automatiquement soutenir Téhéran. Une lecture davantage émotionnelle que politique, qui transforme un conflit international en confrontation symbolique entre « opprimé » et « oppresseur », sans interroger la nature du pouvoir que l’on prétend défendre.
Le paradoxe est frappant : des voix qui bénéficient, dans leurs propres pays, d’un espace de liberté d’expression – organisant des rassemblements, critiquant les politiques publiques et diffusant leurs opinions sans crainte existentielle – se retrouvent objectivement à défendre un régime qui n’autorise pas à ses citoyens les mêmes libertés. En Iran, une simple publication ou une manifestation pacifique peut conduire à l’emprisonnement, voire à la peine capitale, tandis qu’à l’étranger, des slogans de solidarité sont brandis en son nom.
Refuser les ingérences étrangères constitue, en principe, une position légitime et même une composante du sens politique moderne. Mais ce refus perd sa portée morale lorsqu’il devient un prétexte pour ignorer la souffrance des peuples soumis à des régimes autoritaires. La véritable solidarité ne s’adresse pas aux gouvernements, mais aux êtres humains, où qu’ils se trouvent – en particulier lorsqu’ils sont victimes du pouvoir de leur propre État avant toute pression extérieure.
La question dépasse d’ailleurs le seul cadre intérieur iranien. Le rôle régional de Téhéran, tel qu’il est perçu par plusieurs États, a souvent été associé au soutien de groupes armés au-delà de ses frontières, contribuant à alimenter des foyers de tension et à fragiliser la stabilité de plusieurs régions du Moyen-Orient. Le Maroc lui-même n’est pas resté à l’écart de ces tensions, dans un contexte d’accusations récurrentes visant l’Iran quant à son soutien à des thèses portant atteinte à son intégrité territoriale – un élément qui rend tout soutien inconditionnel particulièrement discutable.
Le danger majeur ne réside pas seulement dans la divergence des positions politiques, mais dans la transformation de certaines mobilisations en réflexe idéologique automatique : tout adversaire géopolitique de l’Occident devient alors un allié présumé, quelles que soient ses pratiques internes. C’est à ce moment que la boussole morale se perd : le critère du positionnement doit-il être la défense de la liberté, ou simplement l’opposition aux États-Unis

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